LE PRINCIPE DE PETER, par L. J. PETER et R. HULL, aux éditions LE LIVRE DE POCHE ****

9782253157397-TVoici un incontournable du management qu’il faut absolument avoir lu au moins une fois dans sa vie! Pas tellement pour son côté pédagogique, mais plutôt pour vous remettre en question et faire bouger vos repères. Sans compter que cela vous permettra de tenir le discours avec les managers seniors qui en font souvent référence.

Si vous désirez, comme moi, être surpris et déstabilisé par sa lecture, alors arrêtez immédiatement de lire cet article et démarrez la lecture de ce livre en page 23, à l’Introduction, sans lire ni l’Avant-propos, ni la Présentation. C’est comme cela que vous ferez le plus beau voyage!

Pour les autres, je poursuis mon compte rendu. Les auteurs, ou disons plutôt le Docteur Peter, a inventé la théorie de la « hiérarchologie », nommée également théorie de l’incompétence, qui prétend que chacun de nous atteindra tôt ou tard son niveau d’incompétence, c’est-à-dire le poste pour lequel il se trouvera être incompétent. Et si vous visualisez déjà l’incompétence de vos collèges, de vos supérieurs et même de vos clients, n’oubliez pas de considérer également la vôtre!

C’est sur ce ton sarcastique que ce génial Docteur Peter nous présente sa théorie de l’incompétence, se basant sur de grandes vérités et autres aberrations que nous pouvons constater tous les jours dans nos entreprises. Nous avons par exemple tous remarqué que, pour être promus, il faut se montrer compétent à son poste. Si vous savez coller des timbres et taper à l’ordinateur rapidement, alors on vous proposera de prendre la responsabilité d’un bureau administratif. Si vous ne vous montrez pas à la hauteur de ces tâches, alors vous collerez des timbres et taperez à l’ordinateur toute votre vie! Est-ce logique ?

Naturellement, certaines personnes pourront passer très rapidement les échelons hiérarchiques en raisons de leurs relations. Ceci ne les empêchera pas pour autant d’atteindre également leur niveau d’incompétence, mais à un échelon hiérarchique plus élevé. Avec plus de pouvoir, ils feront juste davantage de dégâts à l’organisation! Et pour ces incompétents soutenu par un parrain, on les retrouvera un jour ou l’autre parachuté à des postes honorifiques avec des titres à rallonges, dans le but de cacher leur incompétence.

Le Docteur Peter propose de répartir le niveau de compétence des individus sur une courbe de Gauss, avec les incompétents, les moyennement compétents (qui représentent la densité la plus élevée) et puis finalement les compétents. Aux deux extrêmes, se trouve encore  les super-incompétents et les super-compétents, qui sont tous les deux extrêmement dangereux pour l’organisation. Et l’organisation c’est la hiérarchie! Et comme chaque organisme a pour but premier d’assurer sa survie, pas question de laisser ces perturbateurs mettre en danger l’ordre établi!

A noter que l’incompétence peut être d’ordre physique, sociale, émotionnelle ou encore intellectuelle. Et son évaluation est subjective puisque c’est le supérieur hiérarchique qui la défini. Pour y remédier, le Docteur Peter a un remède très intéressant. Il préconise de se mettre à jouer au bridge, à faire du jardinage, à initier une collection de timbre ou encore à faire la cuisine,… Je vous laisse apprécier!

Mais la vraie solution au syndrome de Peter c’est l’incompétence créative. En effet, lorsque l’on se sent compétent et heureux à un poste, il va falloir  montrer une certaine incompétence afin de ne pas être promus à un poste pour lequel on se retrouvera incompétent et malheureux.  Il faut bien évidemment choisir un domaine d’incompétence qui n’empêche pas le travail principal d’être effectué. Il va falloir pour cela se montrer très créatif, en travaillant par exemple son style d’habillement, ses tics comportementaux ou ses mauvaises habitudes, comme par exemple le fait d’arriver systématiquement en retard à certaines séances importantes. Mais attention, cela devra rester un secret absolu! Car même si notre société a évolué depuis la date de rédaction de cet ouvrage, refuser une promotion reste toujours très délicat, autant sur le plan professionnel que privé.

Chose encourageante toutefois, il semble que l’on ne s’aperçoive que très rarement de l’atteinte de son niveau d’incompétence. Ceci nous permet donc de garder l’espoir instinctif d’être promus et donc de rester heureux et en bonne santé!

A noter encore que le Docteur Peter s’autorise à attaquer les théories de Freud,  la psychiatrie et les assessments effectués en entreprise. Rien que cela. Il explique que la hiérarchologie ajoute la dimension manquante de ces théories qui n’est autre que le besoin de l’homme d’être promu. La réflexion vaut la peine d’être menée…

En conclusion, j’ai trouvé ce livre passionnant et très enrichissant, même s’il a tout-de-même un peu vieilli en quarante ans. Il est en effet très ancré sur les problématiques des trente glorieuses. Mais le génie de ce livre réside avant tout dans l’ambiguïté établie entre la science et l’affirmation gratuite basée sur des constatations ponctuelles. Quelle est la part de réel et d’inventé dans cet ouvrage ? Peu importe! Nous avons ici un chef-d’œuvre qu’il faut lire et admirer comme une toile de Salvador Dali, avec plusieurs niveaux d’abstraction et d’interprétation, nous laissant pensif et interrogatif. Et méfiez-vous de ceux qui prétendent que cette théorie est absurde ET également de ceux qui l’appliquent en entreprise!

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