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BUSINESS MODEL NOUVELLE GÉNÉRATION, par A. OSTERWALDER et Y. PIGNEUR, aux éditions PEARSON *****

Business Model GenerationVoici un livre génial qui m’a autant émerveillé par son design que par la valeur de son contenu. Tout développeur de business ou créateur d’entreprise se doit de l’ajouter dans sa bibliothèque !

La principale innovation que nous propose les auteurs consiste en un canevas (Business Model Canevas) permettant de créer ou de repenser aisément le modèle d’affaires d’une entreprise ou d’un produit/service. L’expérience des auteurs alliée à celles des nombreux intervenants a permis de mettre au point une méthodologie simple et complète, couvrant tous les points importants de la création d’un modèle d’affaires.

Visuellement, ce canevas ressemble à la matrice d’un modèle économique décomposé en neuf blocs. Chacun d’eux représente un élément clé illustrant comment l’entreprise gagnera de l’argent en tenant compte des clients, de l’offre, de l’infrastructure et de la viabilité financière.

Ces blocs sont savamment orientés sur le modèle afin de créer une logique dans la chaîne de création de valeur. Au centre, se trouve la proposition de valeur. Sur la droite, se trouve les segments clients visés ainsi que les canaux de communication et de distribution, puis les types de relations entretenues avec les clients. Cela générant bien entendu un flux de revenu. Sur la gauche, on traite plutôt des aspects internes avec les ressources et les activités clés permettant de créer de la valeur, ainsi que les partenaires clés. Et ceci engendre naturellement des coûts de fonctionnement.

La mise en œuvre de cette méthodologie consiste à imprimer ce canevas au format A0 pour l’afficher sur un mur. Une ou plusieurs équipes motivées et pluridisciplinaires se challengeront pour décrire de manière claire et succincte les éléments clés de chaque bloc, en y apposant des post-its contenant les idées maitresses. Ce processus de création du modèle d’affaires se fera par itération, selon une approche systémique, en recherchant l’élément originel de chaque idée. A noter qu’il n’est pas rare de détruire le modèle en cours d’élaboration, lorsque l’on se rend compte que la route imaginée est impraticable…

Et comme le canevas est simple à comprendre, n’importe qui peut participer aux séances de création du modèle d’affaires. C’est le grand avantage de cette méthode. Ainsi tous les acteurs de l’entreprise peuvent influencer l’élaboration de ce modèle, en tenant compte de toutes les visions et de toutes les opportunités et contraintes des différents départements. Cette collaboration dynamique rendra le modèle extrêmement robuste. Par cette approche, l’adhésion des collaborateurs se fera dès la naissance du modèle d’affaires. Représenté par une simple feuille de papier compréhensible de tous, plus besoin de dépenser des fortunes en communication et autres séances d’informations directives!

En plus de ce canevas génialissime, se livre apporte également des exemples pertinents de modèles d’affaires, comme ceux pratiqués par Google, Apple,  Amazon, LEGO, Nespresso, le Cirque du Soleil et bien d’autres encore. On y trouvera toutes les typologies des modèles économiques, remarquablement illustrés, dont les fameuses plateformes multi-faces et les modèles freemium à la une des revues technologiques actuelles. Une simple image permet de comprendre en 30 secondes comment ces entreprises ont créé leur modèle d’affaires avec le succès que nous leur connaissons.

Cet ouvrage présente encore des outils et des techniques facilitant la conception de modèles économiques, empruntés au monde du design. Ils rendent ainsi la création d’un modèle d’affaires très ludique et très fructifiant. J’ai d’ailleurs eu un faible pour la carte de l’empathie qui permet de se mettre à la place du client ciblé pour ressentir au mieux la perception qu’il a de son environnement. Mais les autres thèmes sont tout autant importants, puisqu’on y parlera de prototypage, de la pensée visuelle, du design attitude, du brainstorming ou encore du storytelling.

Quant à la dernière partie du livre, elle propose d’appliquer une analyse SWOT autour du modèle d’affaires représenté sur le Business Model Canevas. Une liste exhaustive de questions permettra finalement de tester la solidité du modèle. Les fausses bonnes-idées seront ainsi immédiatement tuées alors que les bonnes idées seront renforcées et valorisées!

J’ai plusieurs fois lu et relus ce livre en pensant aux modèles d’affaires que j’étais entrain d’élaborer. J’y ai toujours trouvé des stimuli pour explorer de nouvelles opportunités. Je parie que ceux qui posséderont ce magnifique outil de création de valeur auront les mêmes sentiments et les mêmes émotions que ceux d’un pilote de F1 partant aux commandes de la meilleure voiture du circuit, convaincu qu’il arrivera le premier sur la ligne d’arrivée, malgré tous les aléas qu’une telle course comporte!

Je vous laisse donc découvrir au plus vite ce chef d’œuvre, autant dans sa version française qu’anglaise, en espérant que vous ne soyez pas un de mes compétiteurs 😉

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LE PRINCIPE DE PETER, par L. J. PETER et R. HULL, aux éditions LE LIVRE DE POCHE ****

9782253157397-TVoici un incontournable du management qu’il faut absolument avoir lu au moins une fois dans sa vie! Pas tellement pour son côté pédagogique, mais plutôt pour vous remettre en question et faire bouger vos repères. Sans compter que cela vous permettra de tenir le discours avec les managers seniors qui en font souvent référence.

Si vous désirez, comme moi, être surpris et déstabilisé par sa lecture, alors arrêtez immédiatement de lire cet article et démarrez la lecture de ce livre en page 23, à l’Introduction, sans lire ni l’Avant-propos, ni la Présentation. C’est comme cela que vous ferez le plus beau voyage!

Pour les autres, je poursuis mon compte rendu. Les auteurs, ou disons plutôt le Docteur Peter, a inventé la théorie de la « hiérarchologie », nommée également théorie de l’incompétence, qui prétend que chacun de nous atteindra tôt ou tard son niveau d’incompétence, c’est-à-dire le poste pour lequel il se trouvera être incompétent. Et si vous visualisez déjà l’incompétence de vos collèges, de vos supérieurs et même de vos clients, n’oubliez pas de considérer également la vôtre!

C’est sur ce ton sarcastique que ce génial Docteur Peter nous présente sa théorie de l’incompétence, se basant sur de grandes vérités et autres aberrations que nous pouvons constater tous les jours dans nos entreprises. Nous avons par exemple tous remarqué que, pour être promus, il faut se montrer compétent à son poste. Si vous savez coller des timbres et taper à l’ordinateur rapidement, alors on vous proposera de prendre la responsabilité d’un bureau administratif. Si vous ne vous montrez pas à la hauteur de ces tâches, alors vous collerez des timbres et taperez à l’ordinateur toute votre vie! Est-ce logique ?

Naturellement, certaines personnes pourront passer très rapidement les échelons hiérarchiques en raisons de leurs relations. Ceci ne les empêchera pas pour autant d’atteindre également leur niveau d’incompétence, mais à un échelon hiérarchique plus élevé. Avec plus de pouvoir, ils feront juste davantage de dégâts à l’organisation! Et pour ces incompétents soutenu par un parrain, on les retrouvera un jour ou l’autre parachuté à des postes honorifiques avec des titres à rallonges, dans le but de cacher leur incompétence.

Le Docteur Peter propose de répartir le niveau de compétence des individus sur une courbe de Gauss, avec les incompétents, les moyennement compétents (qui représentent la densité la plus élevée) et puis finalement les compétents. Aux deux extrêmes, se trouve encore  les super-incompétents et les super-compétents, qui sont tous les deux extrêmement dangereux pour l’organisation. Et l’organisation c’est la hiérarchie! Et comme chaque organisme a pour but premier d’assurer sa survie, pas question de laisser ces perturbateurs mettre en danger l’ordre établi!

A noter que l’incompétence peut être d’ordre physique, sociale, émotionnelle ou encore intellectuelle. Et son évaluation est subjective puisque c’est le supérieur hiérarchique qui la défini. Pour y remédier, le Docteur Peter a un remède très intéressant. Il préconise de se mettre à jouer au bridge, à faire du jardinage, à initier une collection de timbre ou encore à faire la cuisine,… Je vous laisse apprécier!

Mais la vraie solution au syndrome de Peter c’est l’incompétence créative. En effet, lorsque l’on se sent compétent et heureux à un poste, il va falloir  montrer une certaine incompétence afin de ne pas être promus à un poste pour lequel on se retrouvera incompétent et malheureux.  Il faut bien évidemment choisir un domaine d’incompétence qui n’empêche pas le travail principal d’être effectué. Il va falloir pour cela se montrer très créatif, en travaillant par exemple son style d’habillement, ses tics comportementaux ou ses mauvaises habitudes, comme par exemple le fait d’arriver systématiquement en retard à certaines séances importantes. Mais attention, cela devra rester un secret absolu! Car même si notre société a évolué depuis la date de rédaction de cet ouvrage, refuser une promotion reste toujours très délicat, autant sur le plan professionnel que privé.

Chose encourageante toutefois, il semble que l’on ne s’aperçoive que très rarement de l’atteinte de son niveau d’incompétence. Ceci nous permet donc de garder l’espoir instinctif d’être promus et donc de rester heureux et en bonne santé!

A noter encore que le Docteur Peter s’autorise à attaquer les théories de Freud,  la psychiatrie et les assessments effectués en entreprise. Rien que cela. Il explique que la hiérarchologie ajoute la dimension manquante de ces théories qui n’est autre que le besoin de l’homme d’être promu. La réflexion vaut la peine d’être menée…

En conclusion, j’ai trouvé ce livre passionnant et très enrichissant, même s’il a tout-de-même un peu vieilli en quarante ans. Il est en effet très ancré sur les problématiques des trente glorieuses. Mais le génie de ce livre réside avant tout dans l’ambiguïté établie entre la science et l’affirmation gratuite basée sur des constatations ponctuelles. Quelle est la part de réel et d’inventé dans cet ouvrage ? Peu importe! Nous avons ici un chef-d’œuvre qu’il faut lire et admirer comme une toile de Salvador Dali, avec plusieurs niveaux d’abstraction et d’interprétation, nous laissant pensif et interrogatif. Et méfiez-vous de ceux qui prétendent que cette théorie est absurde ET également de ceux qui l’appliquent en entreprise!