Archive for the ‘Productivity’ Category

TECHNIQUES DE PRODUCTIVITÉ, COMMENT GAGNER DES POINTS DE PERFORMANCE, par Christian HOHMANN, aux éditions EYROLLES ***

Voici un livre en français qui parle de la productivité de manière globale, en expliquant clairement de quoi il s’agit et comment procéder pour rendre son entreprise davantage performante, en tenant compte de toutes les parties prenantes.

Le public visé par cet ouvrage est composé des responsables et des encadrants de l’entreprise industrielle. La démarche qui repose sur le Lean Management consiste à les aider à identifier et à exploiter les leviers de la productivité pour conduire l’entreprise au bout du voyage vers l’excellence, en empruntant le chemin du progrès permanent. Le cadre et les enjeux de ce périple sont très bien décris, en tenant compte de notre environnement concurrentiel et compétitif dans lequel nous vivons actuellement. Ce livre nous ouvre l’esprit sur les démarches à entreprendre et sur les pièges à éviter.

J’ai particulièrement bien aimé le chapitre initial décrivant le contexte mondial dans lequel évolue nos entreprises et nos dirigeants. Et c’est au détours d’un paragraphe que j’ai relevé une phrase des plus pertinentes qui soit : « Si, par le passé, les petites entreprises étaient « mangées » par les grandes, aujourd’hui ce sont les plus rapides et les plus réactives qui « mangent » les plus lentes ! ». C’est pourquoi il est capital d’avoir une organisation agile et productive pour posséder de meilleures armes que ses concurrents dans la conduite de cette bataille économique permanente.

Le lecteur trouvera dans ce livre un excellent support pour comprendre les démarches d’améliorations continues, les bases du lean manufacturing, les principes de l’élimination des gaspillages, la notion de création de valeur, la gestion des flux, la notion de goulot issu de la Théorie des contraintes ou encore les principes fondamentaux de la supply chain. Bref, une parfaite vue hélicoptère de la thématique de la productivité décrite dans son écosystème entier.

Le chapitre principal décrit, quant à lui, les différents leviers de la productivité sur la base de l’arbre de la valeur, plaçant l’indicateur ROCE à sa base (Return On Capital Employed). Cet indicateur permet en effet de mettre en avant le profit généré par une activité par rapport au capital investi. Cet arbre fait référence à la main-d’œuvre, aux coûts standards, aux stocks et aux méthodes. Tous les éléments clés sont ainsi passés en revue pour nous permettre de faire les bons choix dans nos décisions à venir.

C’est seulement après ce tour d’horizon global que nous arrivons finalement au chapitre pour lequel j’avais acheté ce livre : la mesure de la productivité industrielle. Et je n’ai pas été déçu, car il propose une excellente approche de la mesure de la productivité des machines sur la base de la théorie de l’OEE (Overall Equipment Effectiveness), que les français ont renommé TRG (Taux de Rendement Global). La démarche explicative suivie par l’auteur permet de comprendre comment mesurer les différentes pertes de productivité, puis également comment calculer les différents indicateurs qui permettent de catégoriser ces pertes dans le but de trouver rapidement les causes racines des problèmes. On y trouvera également des conseils pour choisir la méthode de saisie appropriée (manuelle, semi-automatique ou automatique). J’ai particulièrement bien aimé l’étude de cas du « chantier TRS » qui décrit une situation pratique réaliste d’amélioration de la productivité d’une machine industrielle, en passant par les différentes phases d’interrogation et d’apprentissage de l’équipe. Cet ouvrage décrit encore comment analyser les différentes activités d’usage de la machine sur la base des données collectées et des tableaux de bords établis, en proposant différents outils et méthodes.

Néanmoins, j’émets quelques retenues sur la pédagogie de ce livre qui ne propose que peu d’illustrations visuelles des outils proposés. Je ne pourrai donc pas en faire un livre de chevet pour soutenir la mise en œuvre de l’amélioration continue de la productivité dans mon entreprise.

QU’EST-CE QUE LE LEAN SIX SIGMA, par Michael GEORGE, Bill KASTLE et Dave ROWLANDS, aux éditions Maxima ****

Le Lean Six Sigma est une méthode d’amélioration continue permettant d’atteindre les objectifs de l’entreprise en adéquation avec les besoins clients, en termes de qualité, de rapidité et de gestion des coûts, en utilisant des données réelles pour identifier et éliminer les problèmes liés aux processus. Certaines personnes perçoivent également cette méthode comme un moteur d’amélioration, car elle instaure de nouveaux rôles et de nouvelles procédures au sein de l’entreprise.

Le Six Sigma est à lui seul une méthodologie permettant de travailler mieux, en analysant les défauts d’un processus productif afin de le stabiliser avant de l’amener vers la perfection, de manière contrôlée. Le Lean, quant à lui, permet de travailler plus vite en traquant les gaspillages.

Le Lean Six Sigma repose donc sur 4 clés principales qui sont la satisfaction client (1), l’amélioration des processus (2), le travail en équipe (3) et les données et les faits (4), à partir desquels les décisions sont prises. On parle donc de la manière d’écouter le client (Voice of Customer), de la technique pour éliminer les variations, de la collaboration et de la mesure statistique des données. Vous obtiendrez donc des idées pour aider votre entreprise à se développer dans un monde où les clients exigent une qualité élevée et une livraison rapide des produits à des coûts minimaux.

Ce principe vous permettra de comprendre, entre autre, pourquoi un processus lent est source d’erreur alors qu’une qualité élevée permet d’atteindre de grandes vitesses de production, tout en minimisant les coûts. Si cela vous semble impossible, je vous conseille de rapidement acheter ce livre pour corriger votre perception erronée de la productivité.

Cet ouvrage de 130 pages a donc pour ambition de vous présenter cette technique sous un angle simplifié, facile et rapide à lire. Il vous permettra de comprendre les tenants et aboutissants de cette pratique, que ce soit pour ceux dont l’entreprise se lance dans une démarche Lean Six Sigma, ou alors pour les managers devant améliorer les performances de leurs équipes, que ce soit dans le monde de la production ou des services. Si vous n’êtes pas un adepte de cette discipline, vous découvrirez également des outils et des KPI efficaces et simples à mettre en œuvre.

OEE FOR OPERATORS, OVERALL EQUIPMENT EFFECTIVENESS, par The Productivity Development Team, aux éditions CRC Press ***

Voici un livre idéal pour les opérateurs machines qui souhaitent comprendre les tenants et les aboutissants de l’amélioration de la productivité industrielle ainsi que les raisons pour lesquelles ils sont impliqués en première ligne de ces démarches.

Pour augmenter l’efficacité d’un équipement industriel et l’utiliser au maximum de ses capacités, il est nécessaire de mesurer sa performance et son utilisation, sur la base d’une méthodologie simple et fiable. C’est ce qu’apporte l’OEE, en proposant une manière standardisée de collecter et d’analyser les données de l’atelier de production, en minimisant la surcharge de travail des opérateurs machines.

Cet ouvrage mentionne comment automatiser cette collecte d’information au travers de solutions informatiques modernes, en proposant même un outil didacticiel permettant de mieux comprendre comment mettre en œuvre une telle solution dans son entreprise.

Pour rappel, l’OEE permet de déterminer l’état de fonctionnement réel de l’équipement (son état de santé) ainsi que son potentiel d’amélioration. C’est un simple facteur qui indique, en pourcent, l’efficacité de l’équipement par rapport à un idéal de 100%, qui est le résultat d’une multiplication entre le ratio de la disponibilité, de la performance et de la qualité:

  • le ratio de la disponibilité correspond à la division de la durée de production réelle par rapport à la durée de production prévue ;
  • le ratio de la performance correspond à la division de la vitesse moyenne de l’équipement durant son temps de fonctionnement, par rapport à sa vitesse maximale ;
  • le ratio de la qualité correspond à la division du nombre d’unités produites de bonne qualité par rapport au nombre d’unités produites totale.

Chaque arrêt de production de la machine est alors affecté à l’un ou l’autre de ces paramètres. N’importe quelle perte de production a forcément un impact sur la disponibilité, sur la performance ou sur la qualité de la production. Quant à la valeur de l’OEE et de ses trois composantes, elles constituent une excellente manière de communiquer et de partager l’information dans l’usine, en impliquant tous les acteurs de l’entreprise, de l’opérateur au directeur de l’entreprise en passant par le management intermédiaire. C’est encore un excellent outil d’amélioration continue qui permet de se poser les bonnes questions pour trouver les causes racines des arrêts de production.

Certains opérateurs machines se disent probablement qu’il s’agit encore d’une méthode pour mieux les exploiter. Cela peut effectivement être le cas dans les entreprises dirigées par un management médiocre, limité par une vision court terme du succès. Mais dans la majorité des entreprises pérennes, le management aura vite compris qu’il s’agit d’une méthodologie qui permet autant d’améliorer la productivité des machines que de valoriser le travail des opérateurs en les impliquant totalement dans le succès de l’entreprise.

En tant qu’opérateur machine, je préfèrerais nettement faire partie de ceux dont l’équipement est mesuré et amélioré en permanence, plutôt que d’être dans le groupe de ceux dont l’équipement est délaissé par le management. Dans le premier groupe, j’aurais effectivement davantage de chances de ne pas devoir subir des arrêts de production intempestifs et ainsi courir toute la journée pour tenter de livrer mes clients à temps avec la qualité requise. Il est en effet moins stressant de travailler sur un outil de production fiable et bien entretenu !

Les quelques 70 pages de cet ouvrages sont donc totalement adaptées aux opérateurs machines qui n’ont pas beaucoup de temps pour lire des livres « savants » en rentrant du travail le soir. Son langage est simple et les exemples proposés reflètent parfaitement les situations vécues dans l’atelier de production. C’est encore une excellente opportunité pour introduire un telle démarche dans son entreprise !

THE OEE PRIMER, UNDERSTANDING OVERALL EQUIPMENT EFFECTIVENESS, RELIABILITY AND MAINTANABILITY, par D.H. STAMATIS, aux éditions CRC Press **

Lorsque j’ai acheté ce livre, je pensais avoir acquis la « Bible » de l’OEE avec ses 450 pages rédigées par le gourou américain D.H.STAMATIS, dont les diplômes et l’expérience sont largement reconnus sur la planète de la productivité. Mais la renommée de l’auteur et l’épaisseur de l’ouvrage ne suffit pas pour en faire un livre de référence !

Certes, tous les thèmes clés de l’analyse de la productivité des équipements industriels sont abordés, avec parfois même d’excellentes idées apportées sous un angle nouveau. Mais malgré mon intérêt avéré pour ce sujet, j’ai vraiment dû m’accrocher pour arriver à la fin de cette lecture.

L’introduction m’avait pourtant captivée avec la découverte de la discipline R&M (Reliability and Maintanability) que l’on peut traduire en français par Fiabilité et Maintenabilité. Une prise de hauteur très intéressante par rapport à la théorie de l’OEE que j’ai l’habitude de pratiquer. La fiabilité est décrite comme étant la « caractéristique d’un bien exprimée par la probabilité qu’il accomplisse une fonction requise dans des conditions données pendant un temps donné », et la maintenabilité est définie comme étant « l’aptitude d’un bien à être maintenu ou rétabli dans un état dans lequel il peut accomplir une fonction requise, lorsque la maintenance est accomplie dans des conditions données, avec des procédures et des moyens prescrits, dans les conditions d’utilisation données pour lesquelles il a été conçu ».

Le premier chapitre nous propose un aperçu succinct de la TPM (Total Preventive Maintenance) avant que le second chapitre nous plonge entièrement dans la théorie de l’OEE, avec une très complète et généreuse description de son concept. De nombreuses équations permettent au lecteur de consolider son apprentissage en rebouclant les différents éléments entre eux. L’auteur nous permet également d’étendre la vision de l’OEE en le mettant en relation avec le MTBF (Mean Time Between Failure) et le MTTR (Mean Time To Repair), mais également en y ajoutant une vision davantage financière, en présentant le TEEP (Total Effective Equipment Performance) qui est un KPI qui prend en compte l’immobilisation totale de la machine durant toute la période d’analyse, sans éliminer les heures de non-production. A la lecture de ce chapitre, j’ai encore grandement apprécié le paragraphe expliquant le rapport entre l’efficience, l’efficacité et la productivité d’un processus, dont je réutiliserai sans aucuns doutes l’illustration présentée. C’est en effet un excellent moyen de comprendre la valeur de l’OEE et également ses limitations, notamment du point de vue du patron de l’entreprise.

Malheureusement, les prochains chapitres ont été plus ardus à lire, car l’auteur n’a pas cru bon de nous proposer un chemin carrossable pour pouvoir le suivre dans les dédales de ses pensées. Il déverse même des « sacs d’informations » sur notre route, sans se soucier de quelle manière nous pourrons suivre notre lecture sans nous épuiser. En conclusion, je pense que cet ouvrage s’adresse bien plus aux ingénieurs en mécanique et aux concepteurs de machines plutôt qu’aux utilisateurs des équipements industriels qui souhaitent en extraire le maximum de productivité. Mais c’est peut-être voulu de la part de l’auteur, puisque 95% des coûts de fonctionnement d’un équipement sont décidés au moment de sa conception, ce qui laisse seulement une marge de manœuvre de 5% à son utilisateur. Le choix de l’investissement initial est donc un moment des plus importants pour l’entreprise !

Quoi qu’il en soit, j’ai quand même réussi à extraire de l’information de valeur de cet ouvrage, ce qui me permet d’étoffer ma compréhension du sujet. En plus de ce que j’ai déjà préalablement mentionné dans cet article, j’y ai également trouvé des conseils pertinents sur la manière de récolter les données de production, sur la manière de les publier, sur la méthode de calcul de la fiabilité d’un équipement, sur les démarches et les programmes d’amélioration de l’OEE et encore sur le calcul statistique des processus ainsi que sur le coût du cycle de vie d’une machine. Bref, c’était une lecture efficace mais pas efficiente, donc pas productive !

OEE FOR THE PRODUCTION TEAM, par Arno KOCH, aux éditions Makigami *****

Il est temps que je partage ma passion liée au développement de services informatisés pour le pilotage des ateliers de production.

Dans ce cadre, je souhaite vous présenter un livre qui parle de l’OEE (Overall Equipement Effectiveness), traduit par TRG (Taux de Rendement Global) en français. Il s’agit d’une méthodologie permettant de mesurer la productivité d’un équipement industriel, en calculant un KPI (Key Performance Indicator) reflétant son efficacité d’usage. Cette méthode est utilisée par les plus grands groupes industriels comme outil d’amélioration et de questionnement (« What if… »).

L’OEE est un ratio entre les produits bons fabriqués et la quantité qu’il aurait été possible de fabriquer dans les conditions idéales. Il est subdivisé en trois paramètres distincts, dont le ratio de disponibilité de l’équipement, son degré de performance d’utilisation et le ratio de qualité d’unités produites. La multiplication de ces trois paramètres est égal au facteur de productivité OEE. Mais je vous laisse découvrir les secrets de cet outil puissant en lisant cet ouvrage de référence…

Notons que la théorie de l’OEE nous vient de Japon, plus précisément de Seiichi Nakajima, un fervent adepte de la TPM (Total Productive Maintenance) qui n’est autre qu’une démarche globale d’amélioration continue des ressources de production. Nous revoilà dans le monde du Lean, et plus précisément du Lean Manufacturing.

Pour en revenir au livre, autant dire que c’est la meilleure référence concernant la méthodologie de l’OEE. Simple et rapide à lire, pour autant que l’on aie des bases dans la langue de Shakespeare, il met l’accent sur ce qui est important et comment interpréter les différents ratios de manière pragmatique. Son auteur, Arno KOCH, est une référence en la matière. Ce hollandais est à l’origine de plusieurs ouvrages et sites webs mondialement reconnus.

Grâce à cet ouvrage, vous comprendrez non seulement la théorie de l’OEE, mais également quels sont les six grandes pertes de production, puis comment les différencier et les classifier logiquement. Vous saurez aussi comment les mesurer, les identifier et les supprimer. Pour répondre facilement à chaque perte de temps, l’OEE regarde l’usage de la machine du point de vue de cette dernière. Astucieux!

Cet ouvrage vous explique les limites de cette méthode, qui ne tient par exemple pas compte des notions financières (coût d’usage de l’équipement, nombre de ressources nécessaires pour le piloter, coût de la matière première,…). On ne mesure donc pas l’efficience du processus, mais bel et bien son efficacité.

L’auteur s’est donné la peine de nous offrir des exemples de calculs très bien documentés et très pertinents, compréhensibles tant par l’opérateur machine qualifié que par les ingénieurs devant développer des outils de support. C’est de bon augure, car un des buts initial de l’OEE est de pouvoir utiliser une même et unique référence à tous les étages de la hiérarchie, avec un langage simple et interprétable par tous.

Arno KOCH nous donne encore des conseils sur la manière de lire les données de production et de le mettre en forme. Il nous présente une marche à suivre pour mettre en œuvre cette pratique dans l’atelier de production. Vous saurez même comment il est possible de fausser l’interprétation de ce ratio et de l’utiliser à mauvais escient…

Pour terminer, ce livre parle également de la notion de « hidden machine », la « machine cachée », qui fait référence aux opportunités « cachées » d’amélioration de performance industrielle de l’atelier de production. A force d’améliorer la productivité de l’atelier, les économies réalisées atteindront le coût d’une machine de production. Les financiers apprécieront!

Petit bémol toutefois, il aurait été appréciable d’ajouter une bibliographie ainsi que quelques exemples d’interprétation de mesures de productivité pour des lignes de production composées de plusieurs machines.

Bonne lecture à tous les passionnés de productivité industrielle!