MÉDECINE AUGMENTÉE : ENTREPRISE AUGMENTÉE, par L. KIWI, X. COMTESSE, D. WALCH, A. GARBINATO, D. GENOUD, G. PAULETTO, G. RAMUZ, aux éditions G D’Encre ***

Une trentaine d’experts suisse romands du groupe « Manufacture Thinking » se sont associés pour réaliser ce magnifique ouvrage de réflexion concernant l’impact de l’intelligence artificielle sur notre société, en adressant une attention toute particulière aux domaines de la médecine et de l’entreprise.

Ce livre est le cinquième d’une série réalisée sous l’impulsion de la Chambre neuchâteloise du commerce et de l’industrie, dont le premier tome est consacré à l’histoire de la manufacture, le second à l’économie numérique, puis les suivants à l’usage et à la monétisation des données, à l’IoT, au Big Data et au Machine Learning. Ce dernier a la particularité de se découper en deux volets distincts qui se lisent respectivement du recto et du verso. La première moitié est consacrée à l’entreprise, mon domaine de prédilection, alors que la seconde est consacrée à l’impact de la digitalisation sur la médecine. Je pensais lire très rapidement cette seconde section dont le thème ne m’est pas particulièrement familier, mais à ma grande surprise, j’y ai trouvé une éloquente réflexion sur l’évolution de notre médecine, de ses pratiques et de ses coûts.

Les auteurs partent du postulat que l’IA offrira un système meilleur et moins coûteux à la collectivité. La promesse vaut la peine de s’y arrêter quelques instants, non ? Et la démonstration est tout-à-fait convaincante. On comprend ainsi pourquoi les GAFA se sont déclaré une guerre fratricide dans ce marché lucratif, en y investissant des milliards de dollars.

J’ai particulièrement apprécié l’argumentation concernant le changement de dimension du corps humain qui ne sera plus dépendant de son seul héritage génétique, mais également augmenté par des implants, des capteurs, des modifications génétiques et des « bots » s’activant tout autour de lui, améliorant aussi ses capacités cognitives.

Pour ce qui concerne l’entreprise augmentée, les précédents livres mentionnés dans ce blog traitent déjà abondamment de ce sujet. Mais vous trouverez ici une analyse pertinente conduite par des personnalités locales, transposant judicieusement ce sujet dans un contexte régional et global, en décrivant les opportunités et les risques de ces nouvelles technologies au service de la voiture autonome, des machines industrielles, des assistants personnels, des assurances, de la finance ou encore de l’organisation de nos villes, pour n’en citer que quelques-uns. A noter que les auteurs se sont donnés la peine de vulgariser le fonctionnement du « Machine Learning » supervisé et non-supervisé, en identifiant les étapes du processus d’apprentissage afin de permettre aux profanes que nous sommes de démystifier ce procédé souvent perçu comme étant « nébuleux » et « abstrait ».

Bref, comme à chaque fois que je lis un livre passionnant, intelligemment écrit et joliment confectionné, je ne peux m’empêcher de l’acheter et d’en recommander sa lecture!

TECHNIQUES DE PRODUCTIVITÉ, COMMENT GAGNER DES POINTS DE PERFORMANCE, par Christian HOHMANN, aux éditions EYROLLES ***

Voici un livre en français qui parle de la productivité de manière globale, en expliquant clairement de quoi il s’agit et comment procéder pour rendre son entreprise davantage performante, en tenant compte de toutes les parties prenantes.

Le public visé par cet ouvrage est composé des responsables et des encadrants de l’entreprise industrielle. La démarche qui repose sur le Lean Management consiste à les aider à identifier et à exploiter les leviers de la productivité pour conduire l’entreprise au bout du voyage vers l’excellence, en empruntant le chemin du progrès permanent. Le cadre et les enjeux de ce périple sont très bien décris, en tenant compte de notre environnement concurrentiel et compétitif dans lequel nous vivons actuellement. Ce livre nous ouvre l’esprit sur les démarches à entreprendre et sur les pièges à éviter.

J’ai particulièrement bien aimé le chapitre initial décrivant le contexte mondial dans lequel évolue nos entreprises et nos dirigeants. Et c’est au détours d’un paragraphe que j’ai relevé une phrase des plus pertinentes qui soit : « Si, par le passé, les petites entreprises étaient « mangées » par les grandes, aujourd’hui ce sont les plus rapides et les plus réactives qui « mangent » les plus lentes ! ». C’est pourquoi il est capital d’avoir une organisation agile et productive pour posséder de meilleures armes que ses concurrents dans la conduite de cette bataille économique permanente.

Le lecteur trouvera dans ce livre un excellent support pour comprendre les démarches d’améliorations continues, les bases du lean manufacturing, les principes de l’élimination des gaspillages, la notion de création de valeur, la gestion des flux, la notion de goulot issu de la Théorie des contraintes ou encore les principes fondamentaux de la supply chain. Bref, une parfaite vue hélicoptère de la thématique de la productivité décrite dans son écosystème entier.

Le chapitre principal décrit, quant à lui, les différents leviers de la productivité sur la base de l’arbre de la valeur, plaçant l’indicateur ROCE à sa base (Return On Capital Employed). Cet indicateur permet en effet de mettre en avant le profit généré par une activité par rapport au capital investi. Cet arbre fait référence à la main-d’œuvre, aux coûts standards, aux stocks et aux méthodes. Tous les éléments clés sont ainsi passés en revue pour nous permettre de faire les bons choix dans nos décisions à venir.

C’est seulement après ce tour d’horizon global que nous arrivons finalement au chapitre pour lequel j’avais acheté ce livre : la mesure de la productivité industrielle. Et je n’ai pas été déçu, car il propose une excellente approche de la mesure de la productivité des machines sur la base de la théorie de l’OEE (Overall Equipment Effectiveness), que les français ont renommé TRG (Taux de Rendement Global). La démarche explicative suivie par l’auteur permet de comprendre comment mesurer les différentes pertes de productivité, puis également comment calculer les différents indicateurs qui permettent de catégoriser ces pertes dans le but de trouver rapidement les causes racines des problèmes. On y trouvera également des conseils pour choisir la méthode de saisie appropriée (manuelle, semi-automatique ou automatique). J’ai particulièrement bien aimé l’étude de cas du « chantier TRS » qui décrit une situation pratique réaliste d’amélioration de la productivité d’une machine industrielle, en passant par les différentes phases d’interrogation et d’apprentissage de l’équipe. Cet ouvrage décrit encore comment analyser les différentes activités d’usage de la machine sur la base des données collectées et des tableaux de bords établis, en proposant différents outils et méthodes.

Néanmoins, j’émets quelques retenues sur la pédagogie de ce livre qui ne propose que peu d’illustrations visuelles des outils proposés. Je ne pourrai donc pas en faire un livre de chevet pour soutenir la mise en œuvre de l’amélioration continue de la productivité dans mon entreprise.

QU’EST-CE QUE LE LEAN SIX SIGMA, par Michael GEORGE, Bill KASTLE et Dave ROWLANDS, aux éditions Maxima ****

Le Lean Six Sigma est une méthode d’amélioration continue permettant d’atteindre les objectifs de l’entreprise en adéquation avec les besoins clients, en termes de qualité, de rapidité et de gestion des coûts, en utilisant des données réelles pour identifier et éliminer les problèmes liés aux processus. Certaines personnes perçoivent également cette méthode comme un moteur d’amélioration, car elle instaure de nouveaux rôles et de nouvelles procédures au sein de l’entreprise.

Le Six Sigma est à lui seul une méthodologie permettant de travailler mieux, en analysant les défauts d’un processus productif afin de le stabiliser avant de l’amener vers la perfection, de manière contrôlée. Le Lean, quant à lui, permet de travailler plus vite en traquant les gaspillages.

Le Lean Six Sigma repose donc sur 4 clés principales qui sont la satisfaction client (1), l’amélioration des processus (2), le travail en équipe (3) et les données et les faits (4), à partir desquels les décisions sont prises. On parle donc de la manière d’écouter le client (Voice of Customer), de la technique pour éliminer les variations, de la collaboration et de la mesure statistique des données. Vous obtiendrez donc des idées pour aider votre entreprise à se développer dans un monde où les clients exigent une qualité élevée et une livraison rapide des produits à des coûts minimaux.

Ce principe vous permettra de comprendre, entre autre, pourquoi un processus lent est source d’erreur alors qu’une qualité élevée permet d’atteindre de grandes vitesses de production, tout en minimisant les coûts. Si cela vous semble impossible, je vous conseille de rapidement acheter ce livre pour corriger votre perception erronée de la productivité.

Cet ouvrage de 130 pages a donc pour ambition de vous présenter cette technique sous un angle simplifié, facile et rapide à lire. Il vous permettra de comprendre les tenants et aboutissants de cette pratique, que ce soit pour ceux dont l’entreprise se lance dans une démarche Lean Six Sigma, ou alors pour les managers devant améliorer les performances de leurs équipes, que ce soit dans le monde de la production ou des services. Si vous n’êtes pas un adepte de cette discipline, vous découvrirez également des outils et des KPI efficaces et simples à mettre en œuvre.

OEE FOR OPERATORS, OVERALL EQUIPMENT EFFECTIVENESS, par The Productivity Development Team, aux éditions CRC Press ***

Voici un livre idéal pour les opérateurs machines qui souhaitent comprendre les tenants et les aboutissants de l’amélioration de la productivité industrielle ainsi que les raisons pour lesquelles ils sont impliqués en première ligne de ces démarches.

Pour augmenter l’efficacité d’un équipement industriel et l’utiliser au maximum de ses capacités, il est nécessaire de mesurer sa performance et son utilisation, sur la base d’une méthodologie simple et fiable. C’est ce qu’apporte l’OEE, en proposant une manière standardisée de collecter et d’analyser les données de l’atelier de production, en minimisant la surcharge de travail des opérateurs machines.

Cet ouvrage mentionne comment automatiser cette collecte d’information au travers de solutions informatiques modernes, en proposant même un outil didacticiel permettant de mieux comprendre comment mettre en œuvre une telle solution dans son entreprise.

Pour rappel, l’OEE permet de déterminer l’état de fonctionnement réel de l’équipement (son état de santé) ainsi que son potentiel d’amélioration. C’est un simple facteur qui indique, en pourcent, l’efficacité de l’équipement par rapport à un idéal de 100%, qui est le résultat d’une multiplication entre le ratio de la disponibilité, de la performance et de la qualité:

  • le ratio de la disponibilité correspond à la division de la durée de production réelle par rapport à la durée de production prévue ;
  • le ratio de la performance correspond à la division de la vitesse moyenne de l’équipement durant son temps de fonctionnement, par rapport à sa vitesse maximale ;
  • le ratio de la qualité correspond à la division du nombre d’unités produites de bonne qualité par rapport au nombre d’unités produites totale.

Chaque arrêt de production de la machine est alors affecté à l’un ou l’autre de ces paramètres. N’importe quelle perte de production a forcément un impact sur la disponibilité, sur la performance ou sur la qualité de la production. Quant à la valeur de l’OEE et de ses trois composantes, elles constituent une excellente manière de communiquer et de partager l’information dans l’usine, en impliquant tous les acteurs de l’entreprise, de l’opérateur au directeur de l’entreprise en passant par le management intermédiaire. C’est encore un excellent outil d’amélioration continue qui permet de se poser les bonnes questions pour trouver les causes racines des arrêts de production.

Certains opérateurs machines se disent probablement qu’il s’agit encore d’une méthode pour mieux les exploiter. Cela peut effectivement être le cas dans les entreprises dirigées par un management médiocre, limité par une vision court terme du succès. Mais dans la majorité des entreprises pérennes, le management aura vite compris qu’il s’agit d’une méthodologie qui permet autant d’améliorer la productivité des machines que de valoriser le travail des opérateurs en les impliquant totalement dans le succès de l’entreprise.

En tant qu’opérateur machine, je préfèrerais nettement faire partie de ceux dont l’équipement est mesuré et amélioré en permanence, plutôt que d’être dans le groupe de ceux dont l’équipement est délaissé par le management. Dans le premier groupe, j’aurais effectivement davantage de chances de ne pas devoir subir des arrêts de production intempestifs et ainsi courir toute la journée pour tenter de livrer mes clients à temps avec la qualité requise. Il est en effet moins stressant de travailler sur un outil de production fiable et bien entretenu !

Les quelques 70 pages de cet ouvrages sont donc totalement adaptées aux opérateurs machines qui n’ont pas beaucoup de temps pour lire des livres « savants » en rentrant du travail le soir. Son langage est simple et les exemples proposés reflètent parfaitement les situations vécues dans l’atelier de production. C’est encore une excellente opportunité pour introduire un telle démarche dans son entreprise !

THE OEE PRIMER, UNDERSTANDING OVERALL EQUIPMENT EFFECTIVENESS, RELIABILITY AND MAINTANABILITY, par D.H. STAMATIS, aux éditions CRC Press **

Lorsque j’ai acheté ce livre, je pensais avoir acquis la « Bible » de l’OEE avec ses 450 pages rédigées par le gourou américain D.H.STAMATIS, dont les diplômes et l’expérience sont largement reconnus sur la planète de la productivité. Mais la renommée de l’auteur et l’épaisseur de l’ouvrage ne suffit pas pour en faire un livre de référence !

Certes, tous les thèmes clés de l’analyse de la productivité des équipements industriels sont abordés, avec parfois même d’excellentes idées apportées sous un angle nouveau. Mais malgré mon intérêt avéré pour ce sujet, j’ai vraiment dû m’accrocher pour arriver à la fin de cette lecture.

L’introduction m’avait pourtant captivée avec la découverte de la discipline R&M (Reliability and Maintanability) que l’on peut traduire en français par Fiabilité et Maintenabilité. Une prise de hauteur très intéressante par rapport à la théorie de l’OEE que j’ai l’habitude de pratiquer. La fiabilité est décrite comme étant la « caractéristique d’un bien exprimée par la probabilité qu’il accomplisse une fonction requise dans des conditions données pendant un temps donné », et la maintenabilité est définie comme étant « l’aptitude d’un bien à être maintenu ou rétabli dans un état dans lequel il peut accomplir une fonction requise, lorsque la maintenance est accomplie dans des conditions données, avec des procédures et des moyens prescrits, dans les conditions d’utilisation données pour lesquelles il a été conçu ».

Le premier chapitre nous propose un aperçu succinct de la TPM (Total Preventive Maintenance) avant que le second chapitre nous plonge entièrement dans la théorie de l’OEE, avec une très complète et généreuse description de son concept. De nombreuses équations permettent au lecteur de consolider son apprentissage en rebouclant les différents éléments entre eux. L’auteur nous permet également d’étendre la vision de l’OEE en le mettant en relation avec le MTBF (Mean Time Between Failure) et le MTTR (Mean Time To Repair), mais également en y ajoutant une vision davantage financière, en présentant le TEEP (Total Effective Equipment Performance) qui est un KPI qui prend en compte l’immobilisation totale de la machine durant toute la période d’analyse, sans éliminer les heures de non-production. A la lecture de ce chapitre, j’ai encore grandement apprécié le paragraphe expliquant le rapport entre l’efficience, l’efficacité et la productivité d’un processus, dont je réutiliserai sans aucuns doutes l’illustration présentée. C’est en effet un excellent moyen de comprendre la valeur de l’OEE et également ses limitations, notamment du point de vue du patron de l’entreprise.

Malheureusement, les prochains chapitres ont été plus ardus à lire, car l’auteur n’a pas cru bon de nous proposer un chemin carrossable pour pouvoir le suivre dans les dédales de ses pensées. Il déverse même des « sacs d’informations » sur notre route, sans se soucier de quelle manière nous pourrons suivre notre lecture sans nous épuiser. En conclusion, je pense que cet ouvrage s’adresse bien plus aux ingénieurs en mécanique et aux concepteurs de machines plutôt qu’aux utilisateurs des équipements industriels qui souhaitent en extraire le maximum de productivité. Mais c’est peut-être voulu de la part de l’auteur, puisque 95% des coûts de fonctionnement d’un équipement sont décidés au moment de sa conception, ce qui laisse seulement une marge de manœuvre de 5% à son utilisateur. Le choix de l’investissement initial est donc un moment des plus importants pour l’entreprise !

Quoi qu’il en soit, j’ai quand même réussi à extraire de l’information de valeur de cet ouvrage, ce qui me permet d’étoffer ma compréhension du sujet. En plus de ce que j’ai déjà préalablement mentionné dans cet article, j’y ai également trouvé des conseils pertinents sur la manière de récolter les données de production, sur la manière de les publier, sur la méthode de calcul de la fiabilité d’un équipement, sur les démarches et les programmes d’amélioration de l’OEE et encore sur le calcul statistique des processus ainsi que sur le coût du cycle de vie d’une machine. Bref, c’était une lecture efficace mais pas efficiente, donc pas productive !

OEE FOR THE PRODUCTION TEAM, par Arno KOCH, aux éditions Makigami *****

Il est temps que je partage ma passion liée au développement de services informatisés pour le pilotage des ateliers de production.

Dans ce cadre, je souhaite vous présenter un livre qui parle de l’OEE (Overall Equipement Effectiveness), traduit par TRG (Taux de Rendement Global) en français. Il s’agit d’une méthodologie permettant de mesurer la productivité d’un équipement industriel, en calculant un KPI (Key Performance Indicator) reflétant son efficacité d’usage. Cette méthode est utilisée par les plus grands groupes industriels comme outil d’amélioration et de questionnement (« What if… »).

L’OEE est un ratio entre les produits bons fabriqués et la quantité qu’il aurait été possible de fabriquer dans les conditions idéales. Il est subdivisé en trois paramètres distincts, dont le ratio de disponibilité de l’équipement, son degré de performance d’utilisation et le ratio de qualité d’unités produites. La multiplication de ces trois paramètres est égal au facteur de productivité OEE. Mais je vous laisse découvrir les secrets de cet outil puissant en lisant cet ouvrage de référence…

Notons que la théorie de l’OEE nous vient de Japon, plus précisément de Seiichi Nakajima, un fervent adepte de la TPM (Total Productive Maintenance) qui n’est autre qu’une démarche globale d’amélioration continue des ressources de production. Nous revoilà dans le monde du Lean, et plus précisément du Lean Manufacturing.

Pour en revenir au livre, autant dire que c’est la meilleure référence concernant la méthodologie de l’OEE. Simple et rapide à lire, pour autant que l’on aie des bases dans la langue de Shakespeare, il met l’accent sur ce qui est important et comment interpréter les différents ratios de manière pragmatique. Son auteur, Arno KOCH, est une référence en la matière. Ce hollandais est à l’origine de plusieurs ouvrages et sites webs mondialement reconnus.

Grâce à cet ouvrage, vous comprendrez non seulement la théorie de l’OEE, mais également quels sont les six grandes pertes de production, puis comment les différencier et les classifier logiquement. Vous saurez aussi comment les mesurer, les identifier et les supprimer. Pour répondre facilement à chaque perte de temps, l’OEE regarde l’usage de la machine du point de vue de cette dernière. Astucieux!

Cet ouvrage vous explique les limites de cette méthode, qui ne tient par exemple pas compte des notions financières (coût d’usage de l’équipement, nombre de ressources nécessaires pour le piloter, coût de la matière première,…). On ne mesure donc pas l’efficience du processus, mais bel et bien son efficacité.

L’auteur s’est donné la peine de nous offrir des exemples de calculs très bien documentés et très pertinents, compréhensibles tant par l’opérateur machine qualifié que par les ingénieurs devant développer des outils de support. C’est de bon augure, car un des buts initial de l’OEE est de pouvoir utiliser une même et unique référence à tous les étages de la hiérarchie, avec un langage simple et interprétable par tous.

Arno KOCH nous donne encore des conseils sur la manière de lire les données de production et de le mettre en forme. Il nous présente une marche à suivre pour mettre en œuvre cette pratique dans l’atelier de production. Vous saurez même comment il est possible de fausser l’interprétation de ce ratio et de l’utiliser à mauvais escient…

Pour terminer, ce livre parle également de la notion de « hidden machine », la « machine cachée », qui fait référence aux opportunités « cachées » d’amélioration de performance industrielle de l’atelier de production. A force d’améliorer la productivité de l’atelier, les économies réalisées atteindront le coût d’une machine de production. Les financiers apprécieront!

Petit bémol toutefois, il aurait été appréciable d’ajouter une bibliographie ainsi que quelques exemples d’interprétation de mesures de productivité pour des lignes de production composées de plusieurs machines.

Bonne lecture à tous les passionnés de productivité industrielle!

LE TEMPS DES ALGORITHMES, par S. ABITEBOUL et G. DOWEK, aux éditions LE POMMIER ***

Cet ouvrage généraliste nous offre un regard éclairé sur le fonctionnement de notre société qui est de plus en plus dominée par les algorithmes.

Ces programmes, entièrement créés par l’humain, sont les objets les plus complexes qu’il n’ait jamais élaborés. Dans tous les secteurs, ils cadencent nos échanges et orientent nos décisions.

Comme chaque outil ou procédé que l’homme a inventé aux cours de son histoire, les algorithmes résolvent des problèmes concrets et permettent d’automatiser certains processus, en offrant un gain de temps significatif et en sécurisant la répétabilité des tâches.  

Les algorithmes ne sont donc pas une invention nouvelle. Ce qui fait que nous en parlons de plus en plus, c’est que, associé à la puissance de calcul des ordinateurs actuels, ils arrivent à résoudre des problèmes particulièrement complexes et surtout à dépasser les capacités humaines pour réaliser certaines tâches spécifiques.

Que vous soyez inquiets du pouvoir potentiel de ces algorithmes ou émerveillés par les progrès qu’ils peuvent apporter, ce livre vous permettra d’alimenter vos connaissances par des références pertinentes et détaillées.

Les auteurs commencent par expliquer ce qu’est un algorithme, en le comparant à la recette du pain qui se passe de génération en génération de boulangers, avec des améliorations apportées par chaque protagoniste de la chaîne de transmission. Il est ainsi possible de ne pas devoir recommencer le processus à partir d’une feuille blanche à chaque fournée.

Les auteurs parlent également de la technique de recherche de nourriture des fourmis ainsi que de la capacité de notre cerveau à pouvoir différencier rapidement un chien d’un chat, pour n’en citer que quelques-uns. A ce sujet, faisons un petit exercice amusant: tentez d’expliquer avec des mots comment l’algorithme de votre cerveau procède pour reconnaître et différencier l’image d’un chien et d’un chat (donc sans mentionner le cri qu’ils émettent). Vous verrez que c’est loin d’être simple à expliquer!

Grâce à cet exemple, vous commencerez à comprendre une des problématiques du Deep Learning qui est justement liée à la difficulté de comprendre et d’expliquer comment l’ordinateur procède pour résoudre un tel problème. C’est d’ailleurs ce manque de « transparence » qui présente un enjeux de taille pour les industriels qui ont pour habitude de travailler avec des systèmes déterministes pour des clients qui exigent des informations fiables, prédictibles et répétables. Il est donc actuellement bien risqué de fournir des services basés sur l’intelligence artificielle à un client qui pourrait exiger des dédommagements en cas d’imprécisions ou d’erreurs dans les résultats présentés.

Malgré cela, il semble évident que l’ordinateur associé aux algorithmes remplacera progressivement certains travaux intellectuels répétitifs, tels que ceux des avocats, des médecins généralistes ou encore des enseignants, comme la machine mécanique l’a fait et le fait encore avec les métiers manuels.

C’est pour cette raison que je vous recommande vivement de lire ce livre qui vous instruira sur l’impact des algorithmes et de l’automatisation des tâches sur notre société, les conséquences sur nos métiers, sur le fonctionnement de nos villes, nos véhicules, la bourse, le système de santé, nos données personnelles, sans oublier la problématique de la répartition des richesses ainsi produites. C’est grâce à ce type d’ouvrage que nous pouvons être rationnels sur la perception de notre futur et donc nous y préparer efficacement.

COMPRENDRE LE DEEP LEARNING, par J.-C. HEUDIN, aux éditions SCIENCE-EBOOK **

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Impossible de passer une journée sans entendre parler d’intelligence artificielle, de machine learning ou de deep learning. Que nous soyons fascinés par les promesses de cette discipline ou apeurés par ses risques sous-jacents, nous sommes souvent mal outillés pour juger de la pertinence des informations que nous recevons.

C’est pour cette raison que je recommande vivement la lecture de cet ouvrage pratique qui vous fera entrer dans le fonctionnement neuronal du cerveau humain via l’usage d’équations algébriques matricielles. Pas besoin d’être mathématicien pour suivre les démonstrations exposées dans ce livre, mais il faut quand même être réceptif au calcul algébrique. Ici se termine donc les fantasmes liés à cette technique de traitement des données de masse pour entrer dans le monde réel et pratique du machine learning et de son sous-ensemble, le deep learning.

Pour ma part, cette lecture pédagogique m’a permis de mieux comprendre les limites de la mise en œuvre de cette technologie dans le monde industriel dans lequel il est impératif de pouvoir reproduire les procédés de manière fiable, puis d’expliquer pourquoi et comment fonctionnent les automatismes. De plus, le nombre de données pertinentes et utilisables pour entraîner les systèmes apprenants est un véritable challenge dans cette industrie. Pensez au nombre réduit des machines identiques de la base installée, possédant les mêmes composants électroniques, avec les mêmes caractéristiques physiques, les mêmes versions firmware et les mêmes versions applicatives. Sans compter les éventuelles modifications effectuées par le client lui-même. Bref, les promesses sont attrayantes, certes, mais le chemin de l’industriel est encore long avant de pouvoir rentabiliser les investissements nécessaires. 

Si je ne suis évidemment pas devenu un expert du deep learning par la simple lecture de ce livre, je comprends toutefois beaucoup mieux pourquoi je ne le serai jamais ! En effet, bien que ce sujet soit très tendance et présenté souvent de manière extrêmement séduisante, au travers de quelques succès retentissants dans des domaines bien précis, il faut avouer que cela reste une discipline d’alchimistes mathématiciens qui s’exaltent avec des nombres, des matrices, des calculs d’erreurs et des paramètres d’ajustements.

Bien, c’est maintenant à vous de décider si vous souhaitez vous lancer dans la création et dans l’entraînement de votre premier réseau de neurones en Javascript. Allez, bon voyage !

LA QUATRIÈME RÉVOLUTION INDUSTRIELLE, par K. SCHWAB, aux éditions DUNOD ***

9782100759675-001-XVoici une livre qui offre un regard holistique sur la quatrième révolution industrielle. Il pourrait d’ailleurs s’appeler « Réflexion sur l’évolution de nos sociétés ultra-connectées et ultra-médiatisées ».

Ce qui rend cet ouvrage singulier, c’est que l’auteur n’est autre que Klaus Schwab, le fondateur du World Economic Forum de Davos. Grâce à son expertise économique avérée, il nous offre une analyse pertinente des bouleversements actuels et futurs, en tenant compte des enjeux sociétaux, économiques, politiques et culturels. De plus, sa formation d’ingénieur lui permet de maîtriser également les aspects technologiques qui sont à l’origine de cette révolution.

J’ai particulièrement apprécié le discours réaliste et équilibré de Klaus Schwab qui contrebalance équitablement les avantages et les risques de la digitalisation de notre société. Si son tempérament optimiste le pousse à mettre en avant les gains que cela va apporter sur la pénibilité du travail, il n’occulte toutefois pas les risques de segmentation de la population entre les individus bien formés possédant le capital, et ceux qui sont moins bien formés et qui comptent uniquement sur le revenu de leur travail.

Comme il le mentionne très justement, des milliards d’individus n’ont pas encore accès aux services et aux équipements de la première révolution industrielle, comme l’électricité, l’eau et l’assainissement. Tous les pays ne vont donc pas profiter de cette évolution de manière équivalente, même si certains d’entre eux pourront tout-de-même bénéficier de quelques sauts technologiques rapides comme c’est le cas avec la communication téléphonique sans fil.

Si l’auteur croit au bienfait du progrès pour améliorer la condition humaine, il admet que ce sont bel et bien les pays industrialisés qui récolteront les principaux fruits mûrs par leur capacité à maîtriser et à investir massivement dans ces nouvelles technologies.

Klaus Schwab s’interroge également sur les métiers à risques et ceux qui devraient se développer grâce à l’arrivée de l’automatisation à outrance et à l’utilisation de l’intelligence artificielle. Ce point mérite réflexion, car ce ne sont pas uniquement les caissières du supermarché d’à côté qui sont concernées par cette évolution. Les radiologues, les avocats, les médecins, les assureurs ou encore les journalistes sont également menacés par ces changements, car leurs tâches répétitives et spécialisées peuvent parfaitement être réalisées par une intelligence artificielle automatisée.

Plus problématique encore sont ces nouvelles plateformes qui nous offrent presque gratuitement des services qui nous facilitent grandement la vie, comme c’est le cas avec Uber et Airbnb. A premier abord, ces services sont bénéfiques pour les utilisateurs. Mais comment comptabiliser leur impact sur le travail et sur la précarisation des travailleurs qui se mettent à leur propre compte pour offrir leurs services à faible valeur ajoutée ? Et quel est l’impact de ces modèles d’affaires sur le PIB ?

Je m’associe bien volontiers à la conclusion de Klaus Schwab, qui nous demande de nous impliquer dans cette transformation sociétale pour influencer son évolution dans le sens que nous désirons, en impliquant toutes les parties prenantes, plutôt que refuser de la voir en face pour ensuite en subir les conséquences négatives. C’est d’ailleurs le but de ce livre qui nous fourni un grand nombre d’éléments de réflexion dans les thèmes sociétaux, économiques, technologiques, mais également au niveau des rapports humains, de la gestion des Etats et de la sécurité internationale.

Concernant les entreprises, le motto actuel n’est autre que « adapte toi vite ou meurt ! ». Pour répondre à ce changement de paradigme et à ces bouleversements complexes et interdépendants, nos entreprises doivent mettre en place des hiérarchies flexibles, des organisations capables de maîtriser leur écosystème évolutif, des veilles actives aptes à prévenir les disruptions commerciales, des stratégies innovantes pour attirer et garder les talents et encore des tactiques sophistiquées pour valoriser et entretenir la confiance des partenaires stratégiques. Il faut être très attentif à tout cela, car comme nous le voyons dans la capitalisation des grandes entreprises actuelles, il semble que les gagnants raflent tout!

LE LIVRE DES DÉCISIONS, DE BOURDIEU AU SWOT, 50 MODÈLES À APPLIQUER POUR MIEUX RÉFLÉCHIR, par M. KROGERUS ET R. TSCHÄPPELER, aux éditions ALISIO ***

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Voici un petit livre rationnel et concis à destination des managers pressés qui veulent rapidement trouver un modèle adapté pour répondre à leurs problématiques de gestion des relations humaines et de prise de décision.

Les 50 modèles présentés dans ce recueil sont très succinctement décrits et illustrés. Ne vous attendez pas à des explications détaillées et précises. En contrepartie, vous pourrez lire ce livre d’une traite et vous y référer aisément lorsqu’une situation particulière se présentera à vous.

Il est généralement pertinent de se référer à des modèles établis pour comprendre une problématique et pour prendre les bonnes décisions, que ce soit pour la gestion de ses équipes ou pour sa vie personnelle. Les modèles nous aident à appréhender la complexité de notre environnement et à en extraire les éléments déterminants. C’est leur force. Mais les bons managers sauront toutefois éviter le piège qui consiste à voir le monde comme son modèle préféré, car un tel raccourci finira inévitablement par révéler les limites d’un modèle unique dans un écosystème complexe et changeant.

Parmi les modèles proposés dans ce livre, vous trouverez la matrice d’Eisenhower, l’analyse SWOT, la matrice BCG, le modèle SMART, le dilemme du cadeau, l’état de flow, le radar d’Uffe Elbaek, les courbes de tendance « hype cycle », la pyramide de Maslow, la loi de Pareto, le modèle de la longue traine, le modèle de la diffusion, le modèle de l’équipe, le modèle de la niche, les styles de mangement, le modèle des rôles,…

Pour ma part, il m’est très utile d’avoir ce mémento à portée de main sur mon bureau, afin de trouver au plus vite un modèle qui me permettra d’exprimer mon problème actuel, de le condenser puis de trouver la bonne solution.